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Choc de Classica
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Avec les "mazurkas" par Koroliov, on découvre Chopin, non celui des examens de concert, mais le compositeur qui touche au cœur.

Voici l'un des plus redoutables programmes pianistiques : 25 Mazurkas de Chopin enchaînées. Ces pages que l'on goûte volontiers à petites doses, risquent en effet, à être égrenées plus d'une heure durant, de provoquer une incoercible lassitude. Mais rien de tel avec ce sorcier de Koroliov ! Sa démarche ici paraît juste l'inverse de celle de Ido Bar Shaï dans une récente et semblable anthologie (Mirare). Le jeune et talentueux pianiste laissait à chaque instant transparaître sa volonté de "faire" délicat et raffiné comme jamais personne avant. Evgueni Koroliov, lui, ne "fait" pas, il "est". Sa subjectivité semble s'effacer derrière l'œuvre à servir, comme dans sa fameuse gravure du Clavier bien tempéré (Tacet) que György Ligeti déclarait choisir comme unique enregistrement à emporter sur l'île déserte !

Nous bénéficions d'au moins deux sublimes intégrales des Mazurkas signées Rubinstein (RCA) et Luisada (DG), mais il convient de leur adjoindre ce disque miraculeux. Tout passe ici avec grâce, fluidité, élégance, sans aucun effort apparent. Toutes matérialités et contingences abolies, il ne reste plus que la musique, dans sa pureté. Ces journaux intimes, recueils de toute une vie, parfois égayés de quelques souvenirs populaires, le plus souvent imprégnés d'une mélancolie poignante, d'une nostalgie dévorante, nous touchent au cœur, jusqu'à cette ultime page opus posthume (op. 68 n° 4), où les chromatismes désolés donnent une impression de dissolution dans le néant.

Philippe van den Bosch

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