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Debussy a déjà dit de Chopin : « Chopin est le plus grand de tous parce qu’avec un seul piano, il a tout trouvé. » Très rares sont les pianistes-compositeurs dont l’histoire n’a jamais atténué l’éclat de leur présence, la pérennité de leur œuvre; depuis le début de sa carrière, Chopin est demeuré, et de loin, un grand favori des mélomanes autant des experts que du grand public. Cela tient à plusieurs facteurs mais je pense que l’un des plus fondamentaux réside dans l’amalgame très personnel qu’il a accompli entre l’enracinement de son folklore natal et la virtuosité du bel canto; ainsi, le coeur et l’esprit sont touchés à la fois, les émotions, aussi variées soient-elles, sont au comble du raffinement de l’expression.

C’est ce que j’ai ressenti en écoutant le troisième album qu’Evgeni Koroliov a consacré à Chopin pour le label allemand Tacet. Les subtilités du toucher et la netteté lumineuse de l’articulation s’allient admirablement à un discours judicieusement mesuré. Le jeu grandement admirable de Koroliov n’est jamais corrompu par les emphases qui distordent l’interprétation de la pensée de Chopin et dont sont coupables plusieurs techniciens qui ont besoin de brillance pour nourrir leur ego.

Chopin préférait se produire dans l’intimité amicale du salon bien davantage qu’en concert. À cet égard, il avait affirmé : « Les concerts ne sont jamais de véritable musique; on doit renoncer à y entendre ce qu’il y a de plus beau en art. » À 70 ans, Evgeni Koroliov nous offre justement un récital mûri loin des projecteurs, loin de l’excitation des soirs de premières guindées. C’est un moment de grâce intime, partagé par l’amour sincère d’un artiste non pas assagi mais bien plutôt entièrement serein.

Guy Sauvé

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