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Pour son vingtième volume chez Tacet, Evgeni Koroliov s’attache aux opus tardifs de Beethoven – deux ans après un album regroupant les trois dernières sonates. Ses Diabelli sont les plus constamment belles que nous connaissons. Le chemin emprunté par Koroliov est celui d’un esthète, qui ne cherche pas à exalter les conflits de l’écriture mais jouit de son renouvellement perpétuel. Une telle quiétude peut certes dérouter dans cette oeuvre. Koroliov prend le temps de l’abandon poétique là ou d’autres jouent la carte de l’arrogance héroïque, de l’impatience ludique ou de la démesure.

Sa signature d’artiste ? Une subtile rétention de phrasé, légère inertie qu’il traîne derrière lui. Si l’ambitus expressif peut paraître restreint, on s’aperçoit vite que c’est cette constance de ton qui séduit. Le pianiste adresse là une prière sereine, à chaque variation plus pénétrante. Ses Diabelli osent pourtant le modernisme (Variation XVII) allant jusqu’à dessiner des mondes aquatiques (XXI). Maître d’une pétillante virtuosité (XXVII), Koroliov ne masque rien par des faux-semblants : les risques sont pris là où ils doivent l’être (X, XVI). La main qui trace les différentes voix de la Fughetta (XXIV) sait être tendre et aimante, comme nous projeter dans le plus pur état de grâce (XXXI). Lecture partiale ? Et assumée comme telle. Ces Diabelli font l’effet d’une douche fraîche.

On peut enjamber, dans les compléments, une Grande Fugue (à quatre mains) dont la rythmique incisive contraint à une certaine dureté. Avant d’être liquéfié sur place par les deux opus de Bagatelles, d’une désarmante beauté. La réalisation du schéma harmonique, l’exécution digitale y sont superlatives.

Comme toujours dans cette « série Koroliov », les aigus du piano rayonnent d’une impalpable lumière, magique et précieuse. En sonorité, ce Beethoven-là est aussi séduisant que du Kempff, avec la même perfection du modelé, et partout un galbe sonore que tant de lectures modernes négligent ou ignorent.

Julien Hanck


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